Birdman, et son sous-titre trop long


Les Oscars sont passés, les récompenses ont été données, des blagues et beaucoup de discours ont été lâchés lors de remises de prix et d’interludes. Le public s’est plaint des résultats et du fait que tel film ou tel acteur n’ait pas été nominé ou récompensé. Pendant ce temps Birdman récoltait ses 4 statuettes, dont celui de meilleur film, pour finalement subir une distribution plutôt timide dans les cinémas près de chez moi. Un succès inattendu peut-être, car cette œuvre aux intentions restées très floues dans sa communication nous livre un résultat décalé, techniquement et artistiquement au poil.

Birdman est mort, Keaton fait son comeback

Le duel de professions entre Keaton et Norton

Riggan Thomson est un acteur ayant eu son gros moment de célébrité en incarnant à l’époque le super héros Birdman au cinéma dans plusieurs blockbusters grand public, lui rapportant une immense fortune et une image d’acteur culte. Mais la gloire a déserté aujourd’hui et Riggan, en acteur déchu et uniquement reconnu par ses anciens fans, décide de faire table rase du passé en se lançant dans le théâtre, en jouant et dirigeant une pièce de Raymon Carver. Mais entre la voix de son ancien personnage venant le hanter, sa famille divisée et des collaborateurs ingérables, le succès n’est pas aussi garanti qu’à Hollywood.

Tout le monde l’a dit et je vais suivre bêtement la masse mais c’est très compréhensible: Michael Keaton pour ce rôle, c’est presque une évidence. Le personnage est presque un décalque de la carrière de l’acteur, car ce dernier a surtout été reconnu pour avoir incarné Batman dans les films de Burton sur le super héros. Et comme le protagoniste principal, il est devenu plutôt discret après sa période de gloire en tant que Batman ou encore Beetlejuice. Pas de mauvais rôles, mais plus de grandes apparitions non plus, jusqu’à Birdman justement qui est également un rôle radicalement différent de celui d’un justicier masqué. Bref, c’est limite autobiographique.

Le reste du casting n’est pas en reste et nous offre même quelques surprises, comme un Zach Galifianakis méconnaissable en avocat pas toujours très scrupuleux. Mais au-delà des acteurs, ce sont surtout les personnages qu’ils incarnent qui valent le détour. Ces rôles secondaires gravitent tous autour du personnage de Keaton et ont chacun un message à délivrer et une manière de le communiquer à notre protagoniste. Et si les discussions tournent souvent autour des objectifs de Riggan et de ce qu’il cherche à accomplir avec cette pièce, on peut facilement généraliser les thématiques de chaque dialogue, avec des petites leçons de vie, mais surtout et c’est ce qui fait la grande force du film , c’est que Birdman est un film qui communique son amour pour le cinéma en faisant un portrait sincère de cet univers.

La surprenante vertu de l’imagination

Entre réalisme et fantaisie, le film alterne souvent pour mieux exprimer son propos

Le film est incontestablement un film d’auteur et le genre a souvent été mis en opposition avec les blockbusters grand public, ces derniers parfois même vivement critiqués, rabaissés par les cinéastes plus “intellectuels”. Et dans Birdman, on retrouve certains personnages au discours équivalent, mais dont la valeur moralisatrice est qu’il y a du bon partout. Il faut des films de superhéros qui créent du divertissement efficace comme il faut aussi des performances d’acteurs plus complexes et du cinéma alternatif, et les deux doivent être considérés et appréciés. Ce genre de message ce retrouve aussi dans la mise en scène, l’exemple le plus marquant étant l’apparition d’un batteur qui rythme les scènes du film à certains moments, rappelant la mise en scène théâtrale avec les musiciens sur scène. Même constat pour la performance d’acteur avec notamment l’opposition de Keaton et Edward Norton, qui sont deux acteurs d’univers différents avec une vision différente de l’art de jouer un rôle.

Bref beaucoup de thèmes abordés, de développement de personnage avec une double lecture, tout ceci enrobé dans une réalisation qui m’a vraiment impressionné. Le film se déroule comme un long plan séquence, les coupures sont là car l’action avance parfois rapidement dans le temps mais aucune transition abrupte qui ne soit visible à l’écran, un rythme qui ne se brise jamais et qui offre un flot continu au film, ce qui le rend très agréable à regarder. Il faut également féliciter l’équipe des FX qui a fait un très bon boulot, surtout compte-tenu de cette absence de transition. La supercherie ne doit pas être si complexe que ça, mais sur le coup je trouvais ça plutôt surprenant.

Birdman c’est un film particulier, une œuvre qui tente le mélange ultime entre film dramatique et prologue de long métrage de chez Marvel, pour que les cinémas d’auteur et grand public se tiennent la main pendant 2h, avec Michael Keaton dans le rôle de son propre comeback. Une œuvre atypique et qui mérite bien ses récompenses au final.

Birdman c'est une prouesse technique combinée à un scénario hyper méta sur le cinéma, sans oublié d'être amusant et divertissant. Une oeuvre qui se place sur plusieurs front et qui réussit à assurer à chaque fois, succès mérité et vivement recommandé.
8

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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