Death Note (2017)


L’été fut magnifique, avec ses pics de températures nous incitant presque à partir en vacances en Bretagne, je me suis surtout tourné vers le ciné le plus proche pour regarder un nombre incalculable de films. Et nous n’allons parler d’aucun d’entre eux, mais plutôt de l’adaptation Netflix de Death Note que j’ai été obligé de regarder dans la chaleur de mon appartement.

The Notebook

Light Turner est un lycéen comme les autres, intelligent mais un peu loser qui est amoureux de la magnifique Mia, la sympathique cheerleader. Il se retrouve par hasard en possession du Death Note, un cahier où moult règles indiquent qu’il peut être utilisé pour tuer n’importe qui de diverses manières, du moment qu’on connait le nom et le visage de la personne. Voulant attirer l’attention, Light s’en servira pour impressionner Mia et l’embarquer avec lui dans une croisade contre la criminalité qui va finir par le confronter à un grand ennemi.

Il faut croire que Adam Wingard aime faire parler de lui, après avoir fait un bout de chemin avec des films indépendants salués par la critique et le public (You’re Next et The Guest), puis pour avoir souillé au plus profond de son âme le mythe Blair Witch avec la suite/soft-reboot de 2016, il s’attaque maintenant à ce qui s’annonçait déjà pour tous les weebs autour du monde comme une catastrophe pire que tout : adapter Death Note. Du coup tout le monde attendait cette œuvre au tournant, les fans du manga original prêts à déverser leur haine au moindre changement, ce qui s’est très vite observé avec les réactions suite au trailer qui montrait que l’ambiance allait être radicalement différente.

Ceux qui connaissent le réalisateur reconnaîtront certains éléments typiques de son style en terme de plans, de choix de lumières, et de choix de bande-son notamment. Typé années 80, lumières néon qui semblent faire glisser le film en territoire nanar mais qui semble être l’identité de Wingard, décidé à vivre comme dans un vieux film kitch. Pour le reste de l’aspect technique, j’ai trouvé le rendu de Ryuk assez satisfaisant, surtout en considérant le mix de CGI et de costume pratique (et il a le même doubleur en VF que dans l’anime donc c’est un petit plus). Mais j’imagine que ce qui intéresse le monde c’est de savoir à quel point cet immonde enchaînement d’images fait honte au chef d’œuvre qu’est Death Note, et qui est tellement irrespectueux que les créateurs eux-même l’ont adoré… (ceci étant dit, la culture japonaise semble également indiquer qu’il est généralement mal vu pour un créateur de contenu de discréditer publiquement l’un de ses pairs, note de la correctrice)

Teen Drama et Volte Face

On ne peut pas leur reprocher d’avoir modifié les bizarreries de L concernant sa position “assise”

Et oui c’est effectivement un sacrilège par rapport à l’œuvre originale, Light n’est pas un sociopathe réfléchi mais un ado en manque d’affection et d’attention, Mia semble encore plus dérangée que Light et L n’est pas aussi calme et rationnel (et en plus il est noir, rendez-vous compte ?!!!?). Il y a eu beaucoup de discussions sur des broutilles, “ce n’est pas une adaptation mais inspiré de l’œuvre” étant la justification la plus commune pour expliquer la distance prise avec le matériau d’origine, mais appelons un chat à chat : c’est une adaptation, très libre certes, mais une adaptation.

Et est-ce mauvais pour autant ? Non. Tout simplement parce qu’il est stupide de considérer qu’une œuvre ne peut pas être appréciable si elle ne respecte pas la trame originale, et c’est d’ailleurs plus appréciable que d’attendre que l’équipe refasse exactement l’anime. Je digresse un peu ici mais l’erreur principale de toute la fanbase qui a condamné cette adaptation, c’est qu’ils n’auraient toléré rien d’autre qu’un décalque de ce qui avait déjà été fait, donnant du coup une œuvre qui n’aurait eu aucune utilité.

Alors qu’au final, les changements radicaux effectués prennent tellement le manga à contrepied, qu’on finit par se douter que les choix effectués sont totalement assumés. Les précédents travaux de Wingard étaient d’ailleurs connus pour être de la subversion de clichés de film d’horreur, et c’est donc avec suspicion qu’on regarde les événements live de ce Death Note 2017 se dérouler, avec la douce impression qu’il applique encore une couche de subversion pour créer des retournements, lesquels tout en sortant totalement du message de l’œuvre originale offrent une lecture alternative moins philosophique, mais plus viscérale, donnant à voir des nouvelles versions de personnages principaux, aux objectifs et aux conclusions plutôt inattendues.

Bien sûr le film n’échappe pas à la critique. On peut parler de son rythme un peu trop frénétique et qui aurait gagné à être éventuellement une mini série vu le rythme avec lesquel tout s’enchaîne. Il y a aussi un gros problème pour les plus pragmatiques d’entre vous qui vont se demander si on se fout quand même pas un peu de leur gueule, avec les différentes utilisations du Death Note qui sentent un peu le “ta gueule c’est magique”, mais bon, je soupçonne le manga d’avoir aussi joué un peu cette carte en dévoilant de nouvelles règles quand il le souhaitait. Pour finir, il faut quand même avoir une certaine tolérance pour le teen drama : si on est loin de quelque chose d’aussi malaisant que les Twilight, il y a des éléments de ce registre qui entrent en jeu donc c’est une démarche que vous allez devoir supporter, et ce n’est pas au goût de tout le monde.

Bref c’est quand même un oui selon moi. Il faut y aller en comprenant qu’il fallait prendre une distance avec la trame d’origine pour avoir quelque chose d’intéressant à montrer. Les gens ont tout à fait le droit de ne pas apprécier la démarche en elle-même, mais je pense que pas mal de gens n’ont même pas cherché à comprendre le but de cette nouvelle adaptation qui mérite tout de même un coup d’œil curieux, pour les weebs ouverts d’esprit ou ceux qui connaissent un peu l’œuvre de Wingard.

Une note dure pour cette adaptation que j'ai pourtant apprécié, en relativisant par rapport à ma satisfaction au visionnage, qui pourra grandement varier selon les attentes et ce que le spectateur connait du réalisateur. C'est un film que je recommande tout de même pour la curiosité.
6.5

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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