Evangelion – The ride never ends


Ayant suivi les conseils de Noureddine, acolyte de CRTK, j’ai décidé de me lancer dans le visionnage d’Evangelion. Pilier de l’anime au milieu des années 90, Evangelion m’a été vendu comme un gros bait & switch, prétextant que son contexte de batailles de mécha cachait quelque chose de plus malin, faisant dans la subversion des codes de l’anime. Ayant bouffé l’intégrale de la sn futuristeérie, l’OAV faisant office de fin ainsi que les “remakes”, tout ceci en moins d’un mois, laissez-moi vous parler de cette expérience à ne pas reproduire chez soi.

Rise Up Young Boy

Evangelion raconte l’histoire de Shinji Ikari, jeune garçon de 14 ans plutôt introverti qui vit dans un Japon futuriste où des batailles sans merci se déroulent entre les humains et des créatures surnaturelles nommées “Anges”. La NERV, organisation spécialisée dans l’élimination des Anges recrute Shinji pour piloter un EVA, une sorte de robot géant nécessitant d’être contrôlé par des jeunes adolescents pour favoriser la synchronisation mentale. Cependant, l’épreuve est rude pour le mental de Shinji entre l’effort nécessaire pour piloter l’EVA, son père absent dirigeant la NERV en le traitant comme un employé lambda, ainsi que ses premiers sentiments amoureux et affectifs envers d’autres personnes.

C’est une expérience assez unique que de voir le parcours de notre “héros” prendre un chemin assez douteux et torturé. Shinji est loin d’être le héros que l’on attend. Pleurnichard (même si pas tant que ça), peureux, mal à l’aise avec les gens et très refermé sur lui-même, son évolution est également pas mal en décalage avec ce que l’on attend d’un personnage principal car il questionne beaucoup plus le déroulement des choses. Il n’acquiert pas une grande force physique ou mentale, ni certaines compétences, c’est même plutôt l’inverse, son mental s’abime de plus en plus au fur et à mesure des évènements.

Les personnages secondaires se caractérisent également par des défauts intéressants, révélant tous des problèmes relationnels de la même manière que Shinji, les rendant imparfaits, mais surtout attachants. Ce qui constituait un trait de caractère amusant ou agaçant prend de l’importance dans l’évolution du personnage pour l’inclure dans cette réflexion générale sur les relations entre les personnes, comme expliqué par le dilemme du hérisson évoqué dans la série.

Congratulations, ton cerveau est foutu

Make Yourself A Legend

Bien sûr, l’anime Evangelion n’est pas juste 26 sessions de vingt minutes de psychothérapie. Tout cet aspect est une double-lecture qui s’impose de plus en plus, mais la trame principale est une histoire de guerre ancestrale entre humains et anges, avec une surcouche de complot gouvernemental, d’accomplissement de prophétie destructrice et de voyage dans le subconscient des gens. Tout ceci avec un style d’animation qui est toujours très bon et dont la clarté et le souci du détail sont remarquables.

C’est un scénario qui, pour moi qui l’ai vu aujourd’hui, tient encore la route grâce au sérieux avec lequel tout ceci est mis en place, et la façon dont chaque personnage joue un rôle intéressant et n’est pas juste une caricature ou ne se limite pas à être une fonction. Tout le monde poursuit son objectif comme il le peut, en jouant son rôle de support ou de combattant selon les situations, pour s’enfoncer de plus en plus dans une ambiance sombre et où ce qui était pourtant clair au début de la série est remis en question, tout cela avec une pléthore de références bibliques avant tout pour le style.

Le point culminant de la série vient d’ailleurs de ses deux conclusions. Parlons d’abord de celle de l’anime. Les épisodes 25 et 26 de la série sortent totalement de la narration pour devenir littéralement des essais de philosophie et psychologie. Shinji est sur une scène de théâtre et va discuter pendant 40 minutes avec les autres protagonistes en se questionnant sur les relations qu’il entretient avec eux, l’acceptation de soi et le point de vue des autres.

Réalisation minimaliste, style visuel complètement chaotique avec l’ajout de brouillons des animateurs, Evangelion a tenté le tout pour le tout avec le manque de moyens dont souffrait le studio Gainax à la fin de la série pour créer une fin à l’image de la série, on déteste ou bien on adore.

Ensuite vint la conclusion de The End Of Evangelion, une sorte de réécriture de la fin qui dispose du budget qu’elle méritait. Il en résulte quand même un gros bordel, mais celui-ci est cette fois amené de manière explicite, avec la réalisation de la prophétie au centre de la série. Et pendant une 1h40 vous aurez droit à un combat épique d’Eva, l’annihilation de l’humanité avec toujours la symbolique religieuse pour illustrer le tout et surtout le côté le plus crade de la psychologie de Shinji.

Si Neon Genesis voulait déjà être une œuvre traitant d’introspection envers un gamin ayant peur d’être rejeté et forcé à se battre, The End va pousser le côté torturé du personnage à bout, abordant les besoins sexuels et affectifs ainsi que les accès de violence et de haine pour arriver à une conclusion équivalente sur le plan moral mais beaucoup plus pessimiste dans la finalité dans l’univers d’Evangelion.

Montez dans ce méga train de la hype

J’aimerais vraiment en dire plus mais il est très compliqué de parler de toute l’intensité de cet univers sans spoiler, surtout que tout l’effet vient de toute l’incompréhension qui n’est levée qu’après avoir pris le temps d’analyser la série, avoir revu certaines scènes, et même avec ça, l’interprétation qu’on en fera sera assez personnelle.

Ce côté torturé est assez compréhensible quand on sait également que Hideaki Anno, son créateur, souffrait de troubles de la personnalité borderline, ce qui a déteint sur l’œuvre et dont le final, en même temps que tout ce message sur l’acceptation de soi et du contact avec les autres humains, très anti-otaku quand on y réfléchit, était aussi un parallèle avec le combat personnel de Anno contre son trouble de la personnalité, ce qui enrichit le côté philosophique de la série et la rend plus sincère.

C’est d’ailleurs aussi un des côtés les plus sensibles de NGE quand il s’agit de devoir le recommander à quelqu’un. Plus on y réfléchit et plus on peut voir en Evangelion une œuvre générationnelle. Pas dans le sens où elle appartient aux années 90 ou autres, mais je pense que son sous-texte est plus efficace lors d’un visionnage par des adolescents et jeunes adultes, et de manière plus générale lorsqu’on est encore en proie à ces problèmes de confiance en soi et d’acceptation des autres.

Bref Evangelion ça peut vite vous saouler, vous paraître puéril, mais si vous accrochez un tout petit peu et que le message vous touche, vous allez être soufflés comme pas possible. Et si vous en voulez encore, vous pouvez toujours regarder les “Rebuild”.

Quoi? On doit parler de Rebuild maintenant que je l’ai évoqué? Bon…

Le 1080p après avoir maté la série en qualité SD ça fait du bien je vous l’assure

Evangelion renait de ses cendres

Les Rebuild Of Evangelion sont une série de 4 films dont 3 sont sortis au moment d’écrire cet article. Ils sont toujours dirigés par Hideaki Anno avec un nouveau studio d’animation, et sont destinés à être des remakes d’Evangelion avec la technologie actuelle pour accomplir la vraie vision du créateur.

Est-ce qu’ils sont importants? Oh bon dieu que oui et ça me permet d’en remettre une couche sur pourquoi Evangelion c’est génial. Les Rebuild sont censés être des refontes de la série, mais, même si les films suivent la trame de la série, et que le début de Rebuild 1 est très calqué sur la série, on remarque que certains choix artistiques sont assez différents, autant visuellement que dans le déroulement du scénario.

Et vous finirez par remarquer qu’à la fin de Rebuild 2, le scénario prend une route totalement différente et ainsi Rebuild 3, bien que conservant le même schéma et évènements majeurs de la série, les raconte d’une manière radicalement différente, comme une timeline alternative où se déroulerait les même choses, mais sans les même environnement et enjeux. L’animation quant à elle ne cesse de s’améliorer (avec 2-3 ans entre chaque film, c’est logique) et est améliorée à partir des croquis d’animation originaux pour garder le style intact.

Je vais finir là-dessus et vous laisser ensuite vous perdre dans cette jungle de bordel narratif passionnant et passer des heures à lire les théories du wiki : Et si Rebuild était une suite à NGE? Le fait que certains changement radicaux sont apparus après un évènement de NGE ou The End Of Evangelion et ce choix de dévier de l’histoire originale, plus beaucoup de détails majeurs ou mineurs, laissent à penser que L’histoire de Evangelion boucle sur elle-même dans une espèce de cycle. Pourquoi? Le but n’est pas forcément clair il est vrai, mais comme tout ce qu’a fait Anno sur Evangelion, c’est une œuvre très personnelle et souhaite que les gens l’interprètent comme ils veulent, et vu son caractère c’est encore très compliqué d’obtenir le fin mot de l’histoire.

J’en ai déjà beaucoup dit et j’espère vous avoir donné envie d’aller vous procurer ce monument, car que vous aimiez ou pas, vous ferez enfin partie de ceux qui parlent du phénomène Evangelion en l’ayant réellement vu. Dernier conseil avant de partir : Ne marathonez pas tout d’un coup comme moi, ça fait mal à la tête et c’est compliqué à suivre. Sur ce profitez bien et embarquez dans cette aventure vraiment immense, vous vous rendrez aussi compte à quel point cette œuvre à inspiré la pop culture qu’on connait aujourd’hui.

Evangelion c'est un truc révolutionnaire pour moi. Une oeuvre qui divise beaucoup, mais qui sera une immense claque dans votre face si jamais vous accrochez et allez jusqu'au bout. Encore aujourd'hui NGE et son héritage font encore couler beaucoup d'encre, et ce n'est pas prêt de s'arrêter au moins avant la sortie de Rebuild 4.
9.5

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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