Ex Machina, IA vs humains chez “Google”


Erant comme à mon habitude dans les salles de ciné près de chez moi, j’avais quelques vues depuis un moment sur Ex Machina, film de SF qui semblait être boudé dans ma ville avec une distribution bizarre, retardant l’arrivée du film dans mes contrées. Heureusement pour moi, j’ai finalement pu accéder à une de ces précieuses séances pour visionner cette œuvre surprenante.

I am a machine

Une semaine où deux personnages complètement opposés vont travailler ensemble

Caleb est un informaticien de génie travaillant pour la société Bluebook, qui est le plus important moteur de recherche internet au monde. Suite à un concours interne à l’entreprise qu’il a remporté, il se retrouve transporté dans le bunker et centre de recherche de Nathan, son patron. Cette nomination a été faite pour l’aider sur un projet d’intelligence artificielle très évoluée, prenant la forme d’un androïde femelle au corps cybernétique et au visage humain. Caleb va donc devoir faire passer à cette IA nommée Ava un test de Turing très avancé durant une semaine.

Cette première réalisation de Alex Garland, auparavant romancier et scénariste au cinéma, a le mérite de proposer quelque chose de particulier dans le genre des films traitant de l’intelligence artificielle et de sa relation avec l’homme. Pour commencer, on peut noter un aspect très propre dans la mise en scène et l’esthétique du film, syndrome de premier film oblige qui force presque parfois à sur-esthétiser les plans, toujours cadrés très proprement. Ce qui n’est pourtant pas une mauvaise chose en général, car si les plans en extérieur montrant la nature qui entoure le complexe de Nathan semblent un peu artificiels et plats à cause des cadrages fixes manquant d’audace, le complexe lui, même si on pourrait trouver ça cliché, dispose d’un ton vraiment glacial, avec une architecture aux couleurs très accentuées dans les salles des étages inférieurs du centre, beaucoup de miroirs et de vitres, des néons à la lumière plutôt chaleureuse mais qui mettent la plupart du temps en avant le fait que les couloirs et l’endroit en général sont très peu fréquentés, rappelant un peu la DA de Deux Ex troisième du nom. L’extérieur quand à lui joue plus souvent sur les nuances de gris et prend des allures de forteresse futuriste peu accueillante.

Human After All

Ava va dépasser toutes les espérances en terme d’IA et en jouer

L’intrigue se base sur l’évolution de la relation des 3 personnages principaux suite aux déroulements des sessions de test, et ce qui est agréable dans le déroulement du scénario est que l’on suit toujours l’action du point de vue de Caleb, ce qui simplifie la narration et permet de créer un certain suspense, car chaque protagoniste a des intentions personnelles qui restent secrètes, et en dehors de ce qui est expliqué par chacun d’entre eux, on ne pourra avoir que l’interprétation du personnage principal et ce qu’il juge à sa manière. Ce qui n’est pas toujours une vérité absolue, et ce qui constitue le thème principal du film contrairement à ce qu’il pourrait laisser paraître, comme quoi Ex Machina est un film essentiellement axé sur l’Intelligence Artificielle.

l’IA est en effet le support principal et le postulat de départ du film, mais il rejoint au final un ensemble de pistes lancées par le film qui vont former des réflexions sur divers sujets qui constitueront un fil rouge en fond et qui nous travaillera, pendant que le film, lui, peut se résumer à un scénario de manipulation et de tromperies à plusieurs niveaux. Je trouve que ces pistes amenées sont, malgré la qualité générale du film, des occasions loupées de créer une véritable réflexion sur des phénomènes de société, notamment la puissance du “Google” du film : Bluebook, car l’intellect d’Ava est au final constitué des données du moteur de recherche et certains retournements de situation posent des questions sur le côté intrusif de ces moteurs de recherche et du respect de la vie privée. Des interrogations qui sont donc d’actualité, dans le monde réel de la réalité véritable. Même constat pour le rapport entre l’homme et la machine, offrant deux points de vue différents entre le comportement de Nathan et celui de Caleb envers Ava, qui illustrent deux considérations pour la machine intéressant, mais qui ne va jamais assez loin pour constituer un message de fond.

Mais au final, Ex Machina vaut largement le coup d’œil. Si les différentes pistes ne sont pas exploitées à 100% et que la fin nous laissera un peu dubitatif, elle provoquera surtout une certaine interrogation, comme le reste du long métrage, dans un film de SF qui nous laisse lire entre les lignes et l’interpréter en nous fournissant juste des acteurs convaincants et une identité visuelle plutôt agréable.

Ex Machina est un petit bijou qui est passé plus ou moins inaperçu, pas de clichés, très esthétisé, une direction d'acteurs plus que convenable, la forme embellit à merveille un métrage au fond un peu plus confus mais remplie de bonnes idées et de pistes de réflexion, parfois même sur des sujets d'actualité, ce qui le fait sortir du lot.
7.7

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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