Hotline Miami 2, on aime (se) faire du mal


Dennaton Games nous le livre enfin comme prévu, Hotline Miami 2 est sorti le 10 mars 2015 et se veut comme la suite et fin de l’aventure dans la cité rongée par le crime. Est-ce que nous aimons vraiment tuer des gens ? Est-ce que Jacket va encore faire des siennes ? En gros, il se passe quoi dans ce monde ? Les sacrifices pour  le savoir vont encore une fois nous faire commettre des actes violents en étant affublé d’un masque d’animal.

Vous avez composé le mauvais numéro

Plus de fenêtres, il va falloir se battre pour trouver une cachette temporaire

Toujours dans le Miami des années 80 et 90, beaucoup de choses se sont déroulées : les russes ont engagé une guerre contre les États-Unis sur le champ de bataille qu’est devenu Hawaï, la menace nucléaire est présente et dans les rues de la cité, des actes de violences se déroulent entre mafieux et vigilante masqués, qu’ils soient de la mère patrie ou sous l’influence de la statue de la liberté. La villa va encore avoir droit à son bal masqué un petit bout de temps, tandis que d’autres protagonistes cherchent à s’intégrer dans toute cette histoire de manière plus ou moins douce.

Hotline Miami 2, c’est un virage presque à 180° de la part des deux créateurs. Tout en gardant l’identité et le charme du premier jeu, beaucoup de choses ont évoluées pour briser les habitudes de ceux qui pensaient, comme moi, rusher le jeu en faisant un peu de speed-run pour la frime. Sauf que non seulement le rythme du jeu a bien changé sur plusieurs niveaux, sa difficulté et son game design ont été repensés pour mieux nous piéger.

Contrairement au premier volet qui nous faisait incarner Jacket comme seul protagoniste de l’aventure, si l’on exclut les derniers niveaux avec Biker, HM2 va faire défiler une ribambelle des personnages introduits via le background du jeu ou lié au premier épisode, dont un groupe de fans du massacre de Jacket, un inspecteur de police, un garde du corps, un écrivain et bien d’autres. Chaque protagoniste va avoir un certain style de jeu et parfois un masque à porter qui va lui apporter un bonus. Le choix n’est donc pas aussi libre qu’avant, et au lieu de laisser le joueur faire le jeu avec le même masque selon son style, on est ici forcé de se débrouiller avec les moyens du bord, un choix de 3, 4 masques maximum, parfois même aucun bonus ou bien des handicap qui nous empêcheront d’utiliser certaines armes.

Du sang à l’écran, de l’électro dans les oreilles et de la sueur sur les mains

Richard, la voix de la sagesse du jeu

Si vous pensez que la difficulté est déjà augmentée à cause des contraintes de personnage, attendez d’entrer pour la première fois dans un niveau. Les espaces claustrophobiques du premier jeu laissent ici leur place à des environnements plus ouverts, plus de vitres transparentes et donc plus de visibilité pour les ennemis. C’est une variation dans le gameplay assez majeure, et je dois avouer qu’en démarrant ma partie, j’ai hésité entre le problème d’adresse de ma part et le problème de game design. Cette inquiétude des mauvais choix était due à mon expérience du premier Hotline Miami où les patterns finissaient par se maîtriser, alors qu’ici je mourrais à répétition. Mais c’est là que les développeurs ont réussi leur pari à mon avis, car c’est dans ces changements de gameplay qu’ils ont voulu apporter une seconde jeunesse au jeu, en forçant le joueur à adopter des techniques radicalement différentes, privilégiant encore plus la mobilité non plus pour faire gonfler son score, mais pour tout simplement survivre au niveau.

Objectif plutôt audacieux mais qui paye à mon avis, car tout en retrouvant les sensations propres à la série, le jeu se joue vraiment différemment et c’est un renouvellement qui fait plaisir à voir. Le scoring est également un élément incontournable de la série et ce fut personnellement une des indications pour moi qu’il fallait changer de style. Quand un jeu comme Hotline Miami t’humilie avec une note de C- après un coup d’adrénaline qui te fait esquiver les tirs de fusils à pompe et fuir pour te cacher comme un lapin, tu n’as qu’une envie, prendre ta revanche sur le Leaderboard. Tout n’est pas non plus excellent et certaines choses sont tout de même très irritantes en ce qui concerne les mouvements des ennemis ou du personnage incarné, avec des collisions improbables nous bloquant parfois contre une surface dont un petit millimètre à peine dépasse, ou bien une IA qui se bloque dans une porte ou tourne en rond sans raison.

Heureusement, le lot de consolation à ces défauts de jeu est comme pour le premier opus : la bande son qui est électrisante à souhait, avec le retour de Perturbator, MOON et les habitués, et aussi des petits nouveaux qui laissent également leur marque de dark wave et autres genres rétro futuriste ; tout ceci au service d’un scénario qui réussit à se lier parfaitement au Hotline Miami premier du nom, qui n’avait pourtant pas une histoire très poussée, mais qui arrive également à créer son univers assez froid, s’amusant avec le conflit de la guerre froide, et qui fait en plus un petit constat sur l’insignifiance de la vie. Si cette analyse ne va pas révolutionner le monde scientifique, elle est suffisamment réfléchie pour s’intégrer parfaitement dans ce monde alternatif et faire un petit commentaire méta sur le jeu vidéo et le joueur lui-même, qui lui demandera de rejouer un peu pour saisir le déroulement de l’histoire (ou bien de lire des récap sur internet).

Hotline Miami décide de ne pas se laisser aller à la suite facile. Même si l'on se serait contenté du même contenu bien affuté, Dennaton décide de virer de bord, avec un gameplay remanié en profondeur pour nous sortir de la zone de confort, une plus grande importance accordée au scénario et une bande-son mythique comme on l'attendait. Hotline Miami 2, c'est le changement de voie mais toujours dans la bonne direction, qui va nous garder encore longtemps scotché sur nos écrans pour décrocher des rangs S.
7.8

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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