It Follows, nouveau souffle de l’horreur


Comme beaucoup de gens, je commence à en avoir ras-la-casquette de cette nouvelle vague du film d’horreur, largement popularisée par Paranormal Activity. Ces œuvres minimalistes qui ne coûtent rien aux studios et qui s’en tirent avec des millions de bénéfices grâce à des jumpscares pas chers et un scénario qui commence vraiment à trop se répéter : les possessions démoniaques, les esprits frappeurs, les found footages et les remakes font partie du triste paysage cinématographique, avec au moins une fois par an le film qui remplit ce cahier des charges tristement peu original. It Follows vient éclater cette bulle pour revenir à de l’horreur qui marque vraiment.

Aimer c’est partager

Pour la St Valentin je t’offre une chose qui va te tuer

Jay est une adolescente américaine typique. Elle vit à Detroit, a des amis et une famille sympathiques, et elle commence même à sortir avec un garçon nommé Hugh. Un soir ils décident de sauter le pas et de faire l’amour dans la voiture de son amoureux, à l’abri des regards. Une fois l’acte accompli, il lui fait perdre connaissance avec du chloroforme et l’attache à une chaise roulante dans un bâtiment en ruines proche. Hugh lui explique qu’il a fait ceci pour lui montrer qu’il vit quelque chose de terrible et qu’elle va le vivre aussi. Une chose poursuivait le jeune homme, une entité mystérieuse qui se contente de marcher droit vers sa victime en prenant différentes apparences humaines, connues ou non de la victime pour mieux la surprendre selon les situations. Cette monstruosité n’a aucun autre objectif que de tuer, et la personne visée ne peut s’en débarrasser que si elle couche avec une autre personne pour la lui donner, comme une sortie de maladie sexuellement transmissible. Mais si la personne meurt, le monstre repart à la poursuite de la précédente victime. Jay est donc maintenant traquée et doit faire très attention pour survivre.

Loin des techniques habituelles utilisées pour les films de genre ces derniers temps, It Follows utilise des techniques un peu plus audacieuses et parfois old school. Exit les jumpscares ici, si le film aime de temps en temps créer un effet de surprise après une montée de tension, il préfère généralement nous faire mariner dans cette frayeur qui se construit petit à petit. Et une fois aussi terrorisés que l’héroïne, l’œuvre décide de ne plus nous lâcher et le manque de sursauts nous force à contenir notre peur jusqu’à un certain moment du film, voire jusqu’au générique, où l’on peut finalement se dire que c’est fini. D’ici là, vous pourrez tenter de respirer, mais la chose est toujours quelque part.

L’horreur retourne à ses racines

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Cette frayeur, on la doit à cette entité inconnue qui peut être n’importe qui et qui provoque une grande paranoïa dans nos esprits, les scènes étant toujours assez peuplées, on finit par regarder dans toutes les zones en se demandant si ce piéton est un piéton ordinaire ou cette bête qui s’approche pour commettre son meurtre. Le rythme du film assez lent, combiné avec des angles de caméras et des plans particuliers, sont aussi un bon moyen de faire naître le suspens. Le montage fait pas mal de cuts et des effets de style, comme un plan à 360°, nous mettent dans le doute: est-ce que ça a bougé de ce côté ? Qui est cette personne ? Comme le personnage principal, la folie nous guette. Le plus impressionnant pour moi d’un point de vue technique, c’est que le film ne repose sur pas beaucoup d’effets visuels et même si le réalisateur David Robert Mitchell semble ne pas vouloir révéler le budget du film, le montant de ce dernier ne doit pas être très élevé, surtout comparé à d’autres productions du même genre. Ce qui donne une qualité très appréciable au film, qui est de ne pas forcer la peur du spectateur, il ne fait que livrer un élément avec des règles définies, à savoir cette entité tueuse, et le spectateur se construit sa peur pour être dans un climat constant d’inquiétude.

On finit quand même sur un petit bémol, avec un final qui semble n’avoir été placé ici et mis en scène d’une certaine façon juste pour ajouter un plan d’une certaine beauté mais qui, d’un point de vue narratif et cohérence, se pose bien bas, alors que jusqu’ici les protagonistes se comportaient de manière sensée. Heureusement que le film dans son ensemble parvient largement à éclipser ce moment, avec une petite mention pour ne pas l’oublier au travail de Disasterpiece à la bande-son du film. En nous rappelant gentiment les films de Carpenter, le film décide de prendre aussi le genre à contre courant des habitudes d’aujourd’hui, qui ont une BO très simpliste voir inexistante. It Follows régale régulièrement nos tympans avec des musiques plus qu’angoissantes aux sonorités bizarroïdes et des morceaux de synthé qui donnent envie de revoir Escape From New York.

Si je tiens à féliciter It Follows pour son boulot, je tiens aussi à faire remarquer un truc que je vois trop souvent au cinéma et dans la communication des films d’horreurs. Le genre est coincé dans des schémas que je n’apprécie point, je pense que vous l’avez compris. Ce qui m’avait plu dans It Follows, c’est que la BA n’en dévoilait pas trop et économisait son potentiel en ne jouant que très peu sur la peur dans les extraits montrés. Cependant je remarque que certains films qui se veulent dans la même veine, privilégiant leur ambiance plutôt que l’effet de surprise, n’ont au final une promotion qui révèle beaucoup trop d’éléments du film ou regorge elle-même de jumpscares. C’est en partie pour ça que j’ai fui M. Babadook, lequel semble être un bon film du genre mais dont les courtes bandes-annonces m’ont rebuté. Et c’est dommage de donner une fausse image à un film pour des raisons marketing : un film d’horreur devrait nous hanter, pas nous frustrer sur l’instant et nous faire rire pour évacuer l’adrénaline. Il faut qu’en rentrant chez nous, on ressente encore la frayeur pour qu’un film soit efficace, et je pense que c’est encore plus important comme objectif quand je vois les gens se plaindre de films d’horreur ne faisant pas assez sursauter.

It Follows n'est pas le film d'horreur classique, il va titiller notre paranoïa et prendre son temps pour nous enfoncer dans notre siège et ne relâcher son emprise qu'une heure et demie plus tard, en prenant son temps. Une excellente surprise d'un genre que je pensais perdu dans la facilité du screamer et des démons.
8.5

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

2 comments

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  1. Benjamin 7 juin, 2015 at 21:57 Répondre

    A mon sens les claviers de I follows valent mieux que les trois accords habituels de Carpenter (même si ces derniers dans un film de Carpenter de toute évidence nous manqueraient). Simplement pour le citer c’est Disasterpeace (un groupe ? un bonhomme ?) qui signe cette bo.

    • Kuro 7 juin, 2015 at 22:26 Répondre

      Il est vrai que la nostalgie et l’association aux films glorifie pas mal la musique de Carpenter, qu’il a composé avant tout pour rester dans son budget. Après sont album Lost Themes est pas mal, mais Disasterpiece est une autre histoire bien sur.

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