La Quinnspiracy, encore mieux que le Doritos Gate


Corruption, influence et coucheries entre collègues sur fond de justice sociale sont les thèmes principaux de cette nouvelle affaire qui secoue encore une fois l’industrie du jeu vidéo et notamment de la presse vidéoludique. En ce moment encore, le débat s’enflamme entre les défenseurs et les détracteurs de cette affaire. Après le Doritos Gate et les critiques faites à la presse sur ses débordements d’enthousiasme, bienvenue dans la Quinnspiracy.

Le portrait de Zoe Quinn, l’accusée de cette affaire

L’histoire d’une Social Justice Warrior

Zoe Quinn est une développeuse indépendante, comme il en existe beaucoup aujourd’hui, connue notamment pour avoir réalisé plusieurs jeux dont un sorti sur Steam, Depression Quest, publié grâce au système greenlight, mais pas sans mal. Une première tentative a échoué après des votes majoritairement négatifs et des commentaires déplaisants, certains étant des attaques personnelles, d’autres étant des critiques de joueurs n’ayant pas apprécié la manière dont la dépression fut mise en scène dans son jeu. Cet échec ne va pas la décourager pour autant, et pour arriver à ses fins, elle va se montrer assez perfide.

Zoe Quinn, son combat, son histoire

En plus d’être développeuse, Zoe est une Social Justice Warrior, littéralement une guerrière de la justice sociale. Mouvement controversé dérivé du féminisme, connu pour ses membres aux prises de positions assez radicales sur des problèmes plus ou moins importants concernant l’équité, mais dont le comportement est généralement assez violent face aux contre-arguments. Ce mouvement a depuis peu pris pour cible le monde du jeu vidéo, le jugeant trop sexiste envers les femmes. Au moment où l’affaire a commencé, il existait une certaine tension parmi les communautés de joueurs et de joueuses, et nous le remarquerons plus tard.

Donc, en ce qui concerne Depression Quest. Après avoir reçu le soutien de certains joueurs et d’une récompense à l’IndieCade, elle reprend confiance en elle et propose à nouveau son jeu sur greenlight, mais avec une petite subtilité. Peu après sa seconde participation, Zoe Quinn proclame être victime de harcèlement venant d’une image board nommée Wizardchan, fréquentée exclusivement par des hommes vierges et très associables, connaissant facilement l’isolement, la dépression et les difficultés à communiquer avec d’autres personnes.

C’est à ce moment que les déboires de Zoe Quinn ont commencé : Excluons d’abord le fait que, avec la tension planant sur le sexisme dans le monde du JV, beaucoup de personnes se sont d’office rangées du côté de Quinn, et aussi que les seules preuves de son “harcèlement” se résument à deux commentaires péjoratifs envers elle, qui ne lui ont pas pour autant été envoyé de manière directe, les remarques ne sortant pas de l’image board. Le majeur problème de cette histoire est que les preuves sont maigres et facilement falsifiables, tandis que Wizardchan se défend de toute attaque personnelle envers Zoe. Malgré tout, elle obtient un large soutien, et au passage une bonne campagne de com’ alimentée au bad buzz, ce qui lui permet de mettre son jeu sur Steam. Voici un résumé de l’affaire en textes et images : http://imgur.com/a/4VOcx.

L’explosion de la Quinnspiracy

Cette histoire aurait pu s’arrêter là, résumant l’histoire de Zoe à une légère manipulation dont on ne connait pas la vérité à 100%, mais internet n’aurait pas pris la peine de s’enflammer pour si peu. Le problème principal est venu d’un ex de la jeune femme, qui après avoir rompu a décidé de publier tout ce qui à provoqué leur rupture, car cela valait le coup de montrer Quinn sous son vrai jour, ainsi que quelques vices cachés dans cette grande industrie du jeu.

Sur son blog nommé The Zoe Post, l’ancien petit ami donne les détails de sa rencontre avec la développeuse, sa relation mouvementée, et explique ce qu’il a découvert sur cette fille. Une personne au comportement profondément manipulateur, grande menteuse, n’ayant pas hésité à le tromper malgré beaucoup de discours sur le respect de l’autre. Ce qui intéresse les joueurs ici, c’est que parmi ses amants, on retrouve certaines personnes influentes comme Robin Arnott, membre du jury de l’IndieCade ayant récompensé Zoe, Nathan Grayson ayant écrit des articles sur les jeux de la jeune femme, ou bien encore Joshua Boggs, l’employeur de la jeune femme et homme marié à une autre au moment de leur relation.

L’incident ne pouvait sans doute pas être pire, car non seulement cela témoignait du comportement opportuniste et malsain de la demoiselle, mais en plus, étant donné que les hommes cités travaillent pour l’industrie du jeu vidéo, cela provoque un grand conflit d’intérêt qui dépasse la simple violation de vie privée pour mettre à jour un scandale que l’on pensait réservé à la politique. Cette révélation provoqua en plus une grande crise de paranoïa de la part des joueurs, car si c’est arrivé quelque part, ça peut arriver ailleurs.

Cette image restera gravée en vous

La presse contre attaque

Les principaux intéressés de cette affaire furent bien sûr la presse et les organismes proches, et des organismes de remise de prix tel que l’IndieCade dans notre cas. Cette industrie ayant eu son lot de scandales ces derniers temps, il fallait se défendre des accusations de corruption/conflits d’intérêt, tout en évitant le faux pas pour suranimer le débat qui était déjà une zone minée.

Entre réaction défensive…

Chaque site y a mis de son petit avis plus ou moins tranché, la plupart du temps ne préférant qu’affirmer son intégrité, tandis que d’autres prenaient clairement position, généralement en faveur de l’accusée. Poussée par les discussions sur la place des femmes dans l’industrie du jeu, certains articles ont alimenté la colère de la communauté en déclarant que tout ceci n’était qu’une vaste campagne de harcèlement à l’encontre de Quinn, déplaçant le combat vers un autre champ de bataille qui n’avait rien à faire là au départ.

Il n’était d’ailleurs pas étonnant de constater le rassemblement de plusieurs personnalités pour défendre leur amie Zoe, notamment Phil Fish, connu pour ses prises de bec violentes sur Twitter ou Patricia Hernandez, journaliste tout aussi controversée pour ses articles aux titres provocateurs, incitant au clic et se trouvant aussi parmi les activistes de la justice sociale. Leurs interventions Twitter et écrites n’ont finalement aidé en rien, Phil Fish étant accusé d’avoir également eu une relation intime avec Quinn, tandis que Hernandez, amie de la développeuse, était pointée du doigt pour ne pas être intègre, même dans un moment de doute pareil.

…Censure et sabotage

Mais ce qui fit vraiment exploser la colère des communautés de gamers, ce fut une immense vague de censure, assez grande pour être surprenante. Les grands sites de jeu se cantonnaient bien sûr à leur article formel, mais il était choquant de voir beaucoup de réactions de personnes et d’articles venant de blogs indépendants se faire supprimer. On demandait aux développeurs indignés de faire profil bas, non seulement pour ne pas attirer une mauvaise image sur eux, mais aussi parce que critiquer Zoe Quinn pouvait ruiner leur carrière, ce qui démontrait l’étendue des relations de cette femme, son implication dans le monde du jeu vidéo et les répercussions d’une mauvaise relation avec quelqu’un de bien entouré.

L’amplitude de cette censure était si grande qu’elle finit même par atteindre des sites communautaire comme 4chan, Reddit, ou les forums Neogaf. Ces endroits connus pour leur liberté d’expression quasi sans limites furent tout de même touchés par ce silence forcé, avec des centaines de commentaires supprimés par des modérateurs sans aucune autre raison que la mention de Zoe Quinn dans la discussion. Des sites qui semblaient intouchables et où chacun pouvait discuter souffraient aussi de ces arrangements à grande échelle, comme en témoignait une discussion Twitter entre un modérateur de Reddit et la principale intéressée, sur la ligne de conduite à adopter.

L’influence de Quinn s’est aussi démontrée à d’autres moment à la suite de cette révélation. C’est l’histoire d’une game jam, portée par une équipe de développeurs demandant à des femmes de proposer des idées de jeu, soumis à un vote communautaire. L’idée récoltant le plus de votes aurait été développée par l’équipe, et la personne ayant donné l’idée recevrait 8% des recettes, le reste allant à des œuvres de charité. Sous l’impulsion de Quinn, décrivant la démarche comme “oppressive”, la communauté a délaissé le projet à cause de la mauvaise image donnée uniquement par la développeuse et rapportée par la presse sans vérification auprès des créateurs de l’évènement. Une fois le projet complètement hors du radar, Zoe mit en place sa propre Game Jam, dont le thème et la date sont toujours inconnue à ce jour, mais qui ne se prive pas de récolter des donations.

Depuis, beaucoup de relations plus ou moins amicales entre développeurs et journalistes ont été révélées

Le fond de l’affaire

Au jour d’aujourd’hui, les discussions n’ont pas trop avancé, les partisans de Quinn défendent toujours ce qu’ils considèrent comme sa vie privée, tandis que d’autres relations amicales entre développeurs et journalistes sont exposées chaque jour, comme dernièrement plusieurs journalistes donnant de l’argent sur des comptes Patreon (site de financement pour créateurs de contenus, comme Tipeee en France) de développeurs ou tout simplement des articles écrits par des rédacteurs ayant une bonne entente avec la personne concernée par l’article.

Le seul vrai problème de cette affaire est que le coup de gueule contre la corruption de la presse JV s’est transformé en croisade de haine personnelle envers Zoe Quinn, qui est de plus en plus attaquée personnellement par les mécontents. Si elle est à l’origine de tout ça, et que son point de vue est loin d’être des plus appréciables, cela ne fait que desservir la cause des joueurs que de se comporter comme les machos que la presse croit que nous sommes.

Si vous souhaitez en apprendre plus en détail sur cette affaire je vous conseille les vidéos de Internet Aristocrat (en anglais) : https://www.youtube.com/watch?v=C5-51PfwI3M
et un article d’un blogueur de gameblog : http://www.gameblog.fr/blogs/seishou/p_107747_une-inde-couche-avec-un-journaliste-de-kotaku-en-echange-de-

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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