Metal Gear Solid 5, Kojima tire sa révérence


Metal Gear est une saga vidéoludique véritablement hors norme, avec plusieurs titres sortis sur une période de 28 ans, décrivant une timeline alternative de notre univers s’étendant sur près d’un siècle, depuis la fin de la première guerre mondiale jusqu’à nos jours avec des thèmes sérieux mêlés à de l’humour parfois ridicule. Il est enfin temps de conclure tout cette épopée avec The Phantom Pain.

Kept You Waiting Huh?

Vous n’allez plus seul sur le champ de bataille

À la suite de l’incident ayant détruit la Mother Base de Big Boss et décimé ou éparpillé une grande partie de ses soldats, en plus de l’avoir plongé dans un coma long de neuf ans, Snake est enfin réveillé pour découvrir que Cypher ainsi qu’une bonne partie du monde entier veulent sa peau, à cause de son idéologie dissidente et du risque qu’il représente. Tel le phénix qui renait de ses cendres, notre anti-héro va retrouver ses coéquipiers pour rebâtir une Mother Base et prendre sa revanche sur Skull Face.

Metal Gear fait ici le grand saut dans ce qui devient à la mode en ce moment en passant à l’open world, dans ce qui est finalement la suite logique dans l’évolution de la série, s’ouvrant de plus en plus durant les jeux en se focalisant sur l’arc narratif de Big Boss avec les grandes étendues russes et du Costa Rica. Place maintenant à plusieurs étendues totalement libres d’accès comme l’Afghanistan, mais qui se présente ici comme une contrainte, un champ de bataille immense qui offre plusieurs possibilités et vraiment bien adapté aux attaques de bases ennemies par Snake, mais qui offre également de nombreuses complexités qui, contrairement à beaucoup de jeux offrant un grand terrain aux activité diverses, nous impose ici des épreuves pénibles de distance à parcourir sans aucune distraction et des perturbations météo qui nous plongent plus dans la réalité des opérations d’un agent de Diamond Dogs et de ce qu’il faut apprendre à surmonter pour réussir.

Heureusement que tout problème a sa solution et les possibilités sont variées dans ce Metal Gear, depuis le choix de notre équipement, plus ou moins léger, adapté à la mobilité et la discrétion ou à la résistance et à la force brute. Tous les moyens sont bons pour s’emparer d’un avant-poste ou remplir un objectif, chaque méthode à ses avantages et ses inconvénients, ajoutons à cela les possibilités sur le terrain : l’affrontement de face, la neutralisation non létale mais aussi l’utilisation de soutiens, l’interrogation, le vol de ressources et de personnel, tout ceci améliore grandement la densité du gameplay. Ceci crée aussi plus de profondeur dans ce que vivent les joueurs grâce au souci du détail de Kojima et de toute l’équipe de développement, et cela ce ressent dans les récits des joueurs. Vous avez sans doute entendu comment un de vos proches a évité tout un couloir de gardes dans Dishonored ou comment un autre a brulé un avant-poste dans Far Cry. Mais on a moins souvent entendu l’histoire d’une récupération de VIP commençant par une interrogation dans un village voisin, révélant le trajet de la cible en voiture, pour ensuite l’intercepter en chemin en faisant déraper son véhicule avec les excréments du cheval de Snake pour finalement l’extraire grâce à un ballon. Bref, des histoires à raconter, vous en aurez des très différentes selon les instants.

The Man Who Sold (Me On) The (Open) World

L’Afghanistan est votre terrain de jeu maintenant

Ces moments uniques seront d’autant plus surprenants au fur et à mesure que vous avancerez dans le jeu et que vous vous rendrez compte que l’IA s’adapte à vos tactiques en s’équipant de manière à contrer vos ustensiles habituels, ainsi qu’à se tenir en alerte entre camps après l’attaque de l’un d’entre eux grâce aux communications radio. Le combat se continue même en dehors du champ de bataille avec la gestion de la Mother Base, base où vous pourrez développer des améliorations pour votre arsenal, celui de vos compagnons d’armes comme une armure pour D-Dog ou un sniper de meilleur qualité pour Quiet. Cette base est également un symbole de votre progression car elle devra évoluer au fur et à mesure que vous aurez besoin de plus de personnel pour atteindre le niveau requis pour développer une certaine arme, ou obtenir un meilleur soutien. Car plus vous améliorez la Mother Base, plus elle fera de travail pour vous : prévisions des intempéries, repérages sur la carte, récolte de matériaux et gains d’argent pour le compte de la base, le jeu prenant des airs de Theme Hospital et autres jeux de gestion de manière simplifiée pour faire de la répartition de personnel et optimiser le travail qui est fait pour Snake. Tout ceci se greffe ensemble de manière plutôt agréable, offrant un complément de stratégie au jeu d’infiltration de manière plus importante et aussi plus ergonomique que dans Peace Walker.

Quand on parle de la série MGS on doit bien sûr avoir également droit à un scénario bien fichu et intense. Pourtant, et cela se comprend par le côté monde ouvert du jeu, on a ici droit à une histoire qui se distille beaucoup plus, des cutscenes un peu moins longues et fréquentes, un rythme qui s’apparente plus à une série télé comme en témoigne les crédits d’ouverture et de fermeture de chaque mission principale, ainsi que les cliffhangers qui interrompent une mission de temps et temps. Malgré tout, The Phantom Pain garde bien l’ADN des productions Kojima, cet équilibre d’ambiance de film de SF plutôt sombre ayant pour thème la face cachée de la guerre froide ainsi que la menace nucléaire dans un scénario épique avec une pointe d’invraisemblable, des retournements de situation et parfois aussi un petit Deus Ex Machina qui fait son effet. Sans oublier que tout ceci est mis en scène avec une réalisation aux petits oignons, des mouvements de caméras plus brusques ici, s’apparentant au found footage renforcent l’immersion, comme si tout ceci était filmé par un soldat de Big Boss, et une bande-son qui s’accorde parfaitement avec des titres de l’époque et des morceaux composés avec minutie. On pourra quand même reprocher l’utilisation des cassettes qui trouvaient leur place dans PW à cause du support original de l’œuvre limitant les possibilités de cutscenes, ainsi qu’un côté plus pratique à écouter des cassettes sur support mobile, mais dont on se serait passé sur un titre PC et consoles de salon, méritant largement plus d’exposition en cinématiques que via de simples fichiers audio.

Si la production de cet opus a grandement été bousculée par les querelles entre Kojima Prod et Konami, et que l’on peut désapprouver les variations de registre de ce Metal Gear et en débattre longtemps, je ne peux personnellement que saluer le travail de M. Kojima, et de toute son équipe, qui jusqu’au dernier opus a tenu à créer quelque chose selon une vision très personnelle, et restera dans les mémoires comme un des créateurs qui a su toujours imposer son style, se renouveler et prendre des risques pour conclure cette série sur une très bonne note et qui a eu le mérite d’être un des rares open world à me garder captivé, pour achever l’expérience au bout de 65 heures de jeu dont je ne regrette aucune minute. Un exploit pour un amateur d’action comme moi, très peu passionné par les mondes ouverts plutôt vides d’aujourd’hui.

28 ans d'existence pour une conclusion en fanfare de la part d'Hideo Kojima, The Phantom Pain décide encore d'approfondir et de renouveler sa formule grâce à l'open world et réussit brillamment. Même s'il conserve quelques caractéristiques de Peace Walker pas très appropriées pour les consoles de salon, il n'en est pas moins une grande réussite, conservant la richesse du gameplay et de l'univers caractéristique des Metal Gear pour confirmer la force de cette franchise et de son créateur.
8.5

Share this post

Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

Post a new comment