Réalité, Quentin Dupieux 101


On va finir cette semaine riche en cinéma avec mon introduction à l’univers de Quentin Dupieux, qui s’est présenté sous la forme du film Réalité. Connu également dans la musique sous le pseudonyme de Mr. Oizo, le monsieur s’est construit une certaine réputation de cinéaste atypique avec des idées plutôt originales. De l’originalité, il y en a dans Réalité, on pourrait même confondre ça avec de la folie.

Un Oscar pour ce gémissement

Alain Chabat en réalisateur tourmenté, notre “héros”

Jason Tantra est cameraman de longue date pour une émission de télé bizarre avec une mascotte effrayante. Il cherche à réaliser son premier film d’horreur et va donc contacter Bob Marshall, un producteur à succès qui va lui proposer de financer son film, si le gémissement des victimes devient le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma. Pour cette mission, il a 48h et une absence de soutien total de la part de sa femme. Dans le même temps, une petite fille du nom de Réalité découvre une cassette vidéo dans les entrailles d’un sanglier.

Ce film est une expérience tout simplement, c’est une œuvre très atypique dont le message général pourrait se résumer a “Tu ne me comprendras jamais”. Loin de vouloir être une œuvre subversive remplie de symboles cachés qui forment au final une morale implicite, Réalité embrasse le côté aléatoire de son histoire et de ses situations pour devenir un délire totalement abstrait, et s’affranchit volontairement de toute cohérence pour nous embarquer dans son trip d’humour absurde. Une question revient tout de même souvent : est-ce que c’est réel? Est-ce un rêve? L’œuvre mentionne beaucoup les rêves mais elle ne donnera jamais de réponse, tant mieux peut-être.

Trop c’est bien et trop en même temps

Et en face un producteur totalement inconscient

Le casting est plutôt varié, Dupieux étant un réalisateur français mais habitué du tournage à l’international, on retrouve en tête d’affiche Alain Chabat qui semble être le seul personnage qui est dans le même état que le spectateur. Acteur du film qui finit victime du scénario pour nous offrir une belle performance de personnage glissant doucement dans la folie. Le reste de la distribution n’a pas à rougir, chaque personne à droit à son moment de bizarrerie dont il est plus ou moins conscient, à l’instar de Jonathan Lambert, imperméable à l’absurdité de l’action, agissant même de façon toute aussi incohérente.

Si on s’amuse devant cette galerie de personnages, il est tout de même dommage que certains ne soient pas assez utilisés. L’action et le non sens sont générés la plupart du temps par l’objectif de Jason, et beaucoup des personnages secondaires du films n’interviennent que pour un moment de délire aléatoire. Dans un film qui veut s’affranchir de toute cohérence on peut comprendre la démarche, mais mieux exploiter chacune de ces histoires aurait pu être plus sympathique.

Au final, c’est très difficile de parler de Réalité, entre la peur de trop spoiler le film et le fait que même moi je ne comprenne pas totalement l’oeuvre par moment, peut-être par manque de connaissances sur Dupieux lui-même. C’est un film qui pourrait presque être qualifié d’expérimental, qui est très bon et surtout très spécial, malgré sa générosité qui devient un peu étouffante et son côté un peu gratuit dans le sens où, au final, l’intrigue n’aboutit sur rien. Je recommande donc vivement cet ovni, pour malmener un peu votre cerveau et vous payer une tranche d’humour sans queue ni tête, tandis que certains s’arracheront encore les cheveux pour trouver une signification à tout ce fatras.

Qu'est-ce que Réalité? Peut être que Quentin Dupieux ne le sait pas lui même, mais il tient en tout cas à nous tenir éloigné de toute logique, masquant les pistes avec son humour absurde pour un voyage dans le non sens ou l'on se perd joyeusement.
7.2

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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