Review de Mall (A Day To Kill)


Ah les direct-to-video, la foire aux films avec des budgets serrés, aux anciennes stars vieillissantes et aux nanars plus ou moins marrants. On trouve toujours quelque chose à notre goût pour toute sorte d’ambiance dans ce système de distribution à la qualité très variable. Mais pour une fois c’est avec une sincère envie de croire en un bon film que j’ai regardé le film Mall, renommé A Day To Kill lors de sa sortie française en DVD et Blu-ray. Un film avec des qualités, c’est certain, mais qui a beaucoup de mal à tenir la distance.


Trip sous acide, sur fond de tuerie

Born To Kill

Réalisé par Joe Hahn, connu notamment pour être le DJ du groupe Linkin Park, réalisateur de plusieurs de leurs clips et aussi grand fan de cinéma, il signe sa première réalisation de long métrage avec Mall qui s’annonce comme un film narrant une tuerie provoquée par un jeune aux motivations floues. Une pulsion meurtrière, un comportement antisocial, une affaire de vengeance, le synopsis annonce un marginal qui tuera tous ceux qui se mettront sur sa route, car il n’a plus rien à perdre.

Le film en lui-même n’est pas aussi sanglant que présenté dans les trailers. Malcolm, le jeune tueur est en effet fatigué de vivre sa vie, le film s’ouvre sur la caravane où lui et sa mère vivent, du moins jusqu’à ce qu’il décide de la tuer et de brûler l’endroit avant de s’en aller vers le supermarché sur une musique violente, accompagnant l’attitude décalée et sauvage de l’individu. Mais le protagoniste principal de notre film est Jeff, un ado peu sociable et naïf, adepte de drogues et de littérature, affectionnant particulièrement le Loup des Steppes et ayant une vision très pessimiste de la société.

Il s’imagine discuter avec Adèle, une fille au comportement tout à fait opposé à lui, traîner avec ses “amis” qui ne l’apprécient au final pas plus que ça à part lorsqu’il consomme de l’ecstasy, et il aime dresser le portrait d’inconnus qu’il croise dans le grand magasin. Bien sûr, le protagoniste, ses amis et les personnages qu’il décrit vont être bouleversés par l’arrivée du tueur qui va semer la pagaille dans le magasin. Mais au-delà du chaos créé dans le bâtiment, cet événement va sortir les différents personnages de leur torpeur dont ils sont victimes, et briser les à-priori mentionnés par le personnage principal.

Le loup est une image récurrente dans les images et le discours du film

Bad Trip et Loups-Garous

Le film est avant tout une représentation pessimiste et très noire de différents profils d’une société à la dérive, Malcolm et Jeff, les deux personnages clés, sont des jeunes un peu perdus en quête de liberté, on retrouve aussi l’image de la jeunesse avide de célébrité ou simplement voulant accomplir leurs fantasmes les plus sombres, et également des adultes qui subissent leurs problèmes quotidiens et qui se rendent au centre commercial pour consommer du bonheur manufacturé, stérile. Le bâtiment est clairement représenté de manière péjorative, temple de consommation et de la lobotomie à petit feu. On trouve aussi pas mal d’idées intéressantes utilisant des effets visuels récurrents qui s’intègrent parfaitement à l’ambiance, étant donné que l’on suit la plupart du temps le parcours de Jeff, défoncé à l’acide et qui fuit l’incident.

Ce voyage sous substances est la plus grande force du film, qui traite avant tout de la différence entre les apparences et la réalité via différentes hallucinations qui s’intègrent parfaitement dans la réalité, avec des images malsaines illustrant les vices de certains personnages, ou bien une tête de loup apparaissant sur le corps des protagonistes principaux pour illustrer la colère, le sentiment de différence. Au fur et à mesure du parcours de Jeff et de ses rencontres avec ces gens qu’il décrivait quelques heures auparavant, leurs façades vont s’écrouler pour révéler la vraie nature de chacun, aux antipodes des préjugés, en mieux ou en pire selon les personnes.

Je vous jure que je suis un personnage important

Trop court pour être bon

Malgré toutes ces bonnes intentions et les idées exprimées par le film, l’ensemble reste malheureusement assez brouillon. La faute à un scénario trop mince et un trop grand nombre de personnages secondaires auxquels on n’accorde pas la même importance pour que l’ensemble fonctionne jusqu’à la conclusion. Le problème vient de la durée du film qui est trop court et qui aurait sans doute gagné à durer 1/2 heure de plus pour permettre de parfaire le développement des personnages. Car on saisit ce que le film met en place et où il nous amène au final, mais il nous perd en cours de route,  on oublie certains personnages et les autres arrivent au bout de leur développement alors que l’on pensait que celui-ci venait seulement de commencer. On pourra aussi être partagé devant certaines scènes qui mettent assez mal à l’aise, le film les utilise justement à but choquant et accentue l’ambiance malsaine qui entoure tous les protagonistes, mais quelques-unes d’entre elles semblent de trop et perdent de leur effet pour faire dans le vulgaire un peu gratuit.

Il reste une bande son qui nous transporte efficacement, composée par des membres de Linkin Park et qui suit ce déroulement chaotique. Des morceaux plus énergiques sont associés généralement aux passages liés à Malcolm tandis que d’autres plus reposants sont utilisés pour les moments d’errance de Jeff pendant son trip, mais même en ayant apprécié la soundtrack, cela ne sauvera pas le film de ses défauts.

Film6.5
Mall est un film très intéressant mais qui se perd rapidement dans son trop plein de personnages et son temps réduit, ce qui affaiblit la portée de son discours avec une conclusion faite à la va-vite. C'est un film décevant car il aurait pu bénéficier d'un meilleur traitement, mais il vaut tout de même le coup d’œil pour les effets de style très agréables et originaux.
6.5

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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