Review de Wolfenstein : The New Order


Après une petite campagne de promotion qui sentait bon la vieille école, la poudre à canon et la choucroute, on peut enfin se jeter sur le nouvel opus de la saga Wolfenstein. Près de 5 ans après le précédent épisode, on retrouve B. J. Blazkowicz qui va à nouveau refaire la seconde guerre mondiale à sa façon et avec pas mal de fun au final.

Les uchronies sont des choses plutôt répandues dans la culture populaire et dans notre imagination. Qui n’a jamais imaginé ce qui se serait passé si Leonard de Vinci était nul en dessin, quels paradoxes auraient pu se déclencher dans un épisode de Doctor Who, Si Marty Mc Fly était resté au far west? On a tous nos théories favorites sur plein de points historiques différents, et la grande tradition de Wolfenstein nous emmène à nouveau dans les uchronies concernant la seconde guerre mondiale. Après Hitler dans un robot géant, les expériences et rituels mystiques, la saga revient pour questionner le joueur sur l’un des plus grands sujets de débat historique : Et si les nazis avaient gagné la guerre.

Les nazis ne rigolent pas quand ils veulent contrôler le monde.

Avant que les Allemands arrivent

Notre histoire commence en 1946 sous la forme d’un prologue. La guerre qui aurait dû se finir l’année dernière fait toujours rage à cause de technologies puissantes allemandes et les américains tentent tant bien que mal de riposter. Parmi ces fiers soldats, on incarne de nouveau le personnage emblématique de la série, B.J. Blazkowicz, qui avec ses petits bras musclés et quelques collègues viennent faire la fête à un ennemi tout aussi connu des fans : “Le Boucher” Wilhelm Strasse. Ce prologue permet de constituer un tutoriel sympathique, qui couvre la majorité des mécaniques du jeu sans le rendre inoffensif comme si l’on était au camp d’entrainement, pas de scripts grossiers, et préparez-vous à mourir si vous n’avez pas le niveau.

Il se conclue par une rencontre avec l’antagoniste principal qui nous demande de choisir lequel de nos amis sacrifier. Nous aurons ensuite droit à une ellipse provoquée par du shrapnel qui rentre dans notre tête et qui va durer 14 ans, pendant lesquels on sera nourri à la cuillère par une infirmière tout mignonne et son père docteur dans un hôpital tandis que les nazis étendent leur contrôle dans le monde entier. Lorsque les agents SS viennent finalement fermer l’établissement de manière musclée en kidnappant au passage notre ange gardien d’aide soignante, BJ sait qu’il est temps de se remettre au boulot fissa. Sa mission? Garder sa nouvelle conquête en vie, trouver la résistance et sauver le monde des méchants nazis, même si il faut aller sur la lune pour réussir.

Attention ça va couper chérie

Tout ce beau petit pitch de départ est bien amusant, mais nous ce que l’on veut, c’est tuer du nazi et on veut faire ça bien. Et il faut dire que Machine Games réussit plutôt bien ce pari risqué en 2014 de faire un FPS qui est clairement ancré dans les mécaniques propres à la série depuis son commencement, une jauge de santé et d’armure, des armes au feeling très arcade, englobées dans des niveaux à progression linéaire certes, mais cette linéarité est totalement maîtrisée et on ne s’ennuie pas de nettoyer les corridors remplis de soldats ennemis en les criblant de balles avec un fusil à pompe automatique dans chaque main. Le jeu offre également des petits objets à récupérer plus ou moins utiles, des trésors de guerres, des vinyles musicaux, des morceaux de décodeur pour débloquer des secrets et des améliorations de vie ou d’armure pour le protagoniste.

Cette débauche de violence est parfois accompagnée de séquences où l’on peut choisir d’être plus discret, très utile lorsque l’on veut éviter que les commandants donnent l’alerte et ameutent toute l’armée nationale sur votre position. Malheureusement, si les soldats font preuve d’une certaine intelligence et offrent un certain challenge pendant les combats directs, ils sont plutôt à la masse lorsque l’on s’infiltre, car très peu réactifs à la vue des cadavres et aux bruits émis par leurs défunts camarades. C’est fort dommage, car cette approche plus tactique, rappelant facilement Dishonored, est pleine de bonnes idées qui auraient pu être plus sympathique à utiliser si elles avaient été mieux exploitées par les développeurs.

Faute de discrétion parfaite, on se contentera du déchiquetage de robot nazi au double fusil de sniper laser (et rien que cette phrase en dit beaucoup sur l’esprit du jeu). Car une fois dans le feu de l’action, les ennemis vous laisseront beaucoup moins de chance, avec différent types d’unités humaines ou mécaniques plus ou moins résistantes, vous aurez parfois du mal à parvenir à vos fins au premier essai, surtout dans les niveau de difficultés un peu plus élevés, mais le niveau normal offre déjà un challenge équitable. Je regrette par contre que les boss de fin présents dans plusieurs chapitres se révèlent au final moins dangereux que certains ennemis communs.

Le jeu n’hésite pas à se lâcher niveau visuels et personnages… particuliers

Fidélité historique? Je ne pense pas non

Entre des séquences de ce massacre dans la joie et la bonne humeur, on peut quand même se reposer en admirant l’univers construit pour représenter l’empire nazi de 1960, et même si ils ne débordent pas toujours de détails, ils sont suffisamment remplis pour convaincre et sentent bon la parodie de régime totalitaire, un peu exagéré pour faire sourire ou impressionner, mais pas trop pour ne pas tomber dans le cliché pesant.

En parlant de clichés, les personnages entourant notre héros en sont bourrés. Que ce soit au niveau des alliés, comme la brute au grand cœur, l’ancien nazi qui se bat contre le régime dont il faisait partie, ou du côté des méchants avec le savant fou, le général sadique, pas mal de stéréotypes y passent et au final on apprécie, les personnages sont tout de même bien écrits, on arrive à s’attacher à eux et ils s’emboîtent bien dans l’univers, ce qui rend les cinématiques et les phases entre de missions agréables à suivre. On apprécie presque de temps en temps écouter 2 personnages qui discutent juste pour le plaisir d’assister à une interaction pas trop mauvaise entre des PNJ.

Tout ce beau monde au service d’un scénario qui, à défaut d’être très approfondi, disposera d’une bonne base pour nous conduire jusqu’à la fin du jeu en passant par tous les bastions construits par l’ennemi, et dont le plus gros défaut et de nous avoir fait l’affront d’un choix en fin de prologue qui ne change rien à la suite du jeu et qui détermine juste si l’on pourra améliorer l’armure ou bien la santé pendant l’aventure. Enfin, nous avons aussi droit de temps en temps à des petits monologues de Blazcowicz sur ce qu’il ressent pendant cette guerre, des monologues que je n’ai pas très apprécié personnellement, trop sérieux et pessimistes comparé à l’ambiance générale qui possède un meilleur équilibre entre le sérieux de la guerre et le décalage de cette bataille surréaliste.

Allez on y retourne et on fait tout péter

Je finirai sur un petit point quant à la réalisation. Pour ce qui est de l’artistique il n’y a pas grand chose de mal à dire au final, on alterne entre les ambiances colorées des locaux de la résistance aux corridors sombres et gris des bâtiments SS, les personnages ont la gueule de l’emploi, en gros une direction artistique pas toujours audacieuse mais qui tient la route.

Le moteur utilisé est le Id Tech 5, moteur connu pour avoir été créé pour le jeu Rage sorti en 2011. Cette date fait un petit peu mal au cœur car étant donné que ce moteur à déjà 3 ans, on a du mal à accepter de voir des petits bugs graphiques, des options assez approximatives et qui n’ont pas toujours de grands intérêts à part faire baisser les FPS, la gestion des textures qui part d’une bonne idée mais qui affiche pas mal de défauts en pratique. Bien sûr, cela représente les cas les plus défavorables et les problèmes sont généralement minimes, mais c’est quand même dommage de voir que ces problèmes, qui étaient déjà dans Rage, ne sont toujours pas corrigés depuis. Que cela ne vous empêche pas d’essayer ce jeu, qui n’est pas un hit absolu ni un chef d’oeuvre de mise en scène, mais un bon shooter bourrin avec quelques bonnes idées, mêlées à une ambiance et un gameplay old-school qui mérite que l’on prenne le temps d’y passer une dizaine d’heures, voire plus. L’absence de multi quant à elle ne se remarque pas, l’aventure solo m’a rassasié et je pense que c’est mieux ainsi.

Gameplay8.5
Scénario7
Ambiance/Univers8
Technique5
Fun Factor10
Fun Factor 210
Wolfenstein : The New Order n'est pas le FPS AAA ordinaire et tant mieux. En s'éloignant de ce qui se fait dans les grosses productions actuelles et en revenant vers un style old-school tout en ayant sa propre identité, il reste au final un jeu au gameplay efficace et qui, à défaut de pouvoir prétendre à gagner des awards à cause des quelques problèmes techniques ou d'un scénario qui n'est pas non plus époustouflant , nous offrira pas mal d'heures de fun.
8.1

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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