Sicario de Denis Villeneuve


Après avoir évité Prisoners en pensant avoir affaire à un thriller de base pas très travaillé, et avoir entendu parler trop tard de Enemy et des qualités de Denis Villeneuve, j’ai attendu Sicario de pied ferme pour voir ce qu’il en retournait, et bon dieu ce que ça m’a pris aux tripes.

All in a day’s work


L’histoire opposera la vision de la justice de Kate…

Une équipe d’agents du FBI est chargée de libérer des otages dans la région de la ville de Phoenix en Arizona près de la frontière mexicaine. Kate Macer, une divorcée faisant partie de l’unité, accepte de s’enrôler dans une unité spéciale qui cherche à faire tomber le chef du cartel de Juarez, quitte à dépasser le cadre légal. Accompagné de Alejandro, un consultant au passé obscur, Kate va devoir essayer de faire la part des choses entre ses principes et l’accomplissement de la mission.

La plus grande qualité de ce film est son rapprochement avec la réalité d’un point de vue purement cinématographique. Sicario utilise beaucoup de techniques tout au long de son déroulement pour immerger le spectateur avec des points de vue très réalistes, un feeling caméra à l’épaule mais très propre et clair, généralement entrecoupé de prises de vue en hélicoptère, présentées comme une caméra présente dans un hélico de police, donne un côté voyeur prenant aux tripes comme un documentaire choc M6 mais avec un vrai talent de mise en scène et de narration.

La narration et le scénario ne sont pas en reste et contribuent également à cette pression que l’on ressent de façon permanente, en s’identifiant avec le personnage de Kate incarné par Emily Blunt, étant le personnage principal et se questionnant sur la validité des procédures et l’éthique de ces opérations. L’œuvre laisse d’ailleurs beaucoup de place à une tension tout aussi intense à cause du malaise de Kate que lors des scènes d’opération.

The bad, the ugly, the uglier

…Et celle d’Alejandro et le reste de l’équipe

Le film adapte d’ailleurs un rythme plutôt inconventionnel pour alterner entre ces différents états, les scènes d’action sont presque une ouverture et une fermeture du film tandis qu’une grande partie correspond à des développements entre personnages, plus orientée sur l’enquête et les rôles secondaires, créant une sorte d’impact très puissant qui se diffuse avec un minimum d’action à l’écran par la suite ; jusqu’à la conclusion ramenant l’adrénaline à un haut niveau, pour finir sur un final tragique et des perspectives dramatiques. Mention spéciale à Benicio Del Toro et le personnage de Alejandro, pris au milieu de ce drame et qui a appris à jouer avec les même règles pour arriver à ses fins, avec une attitude lasse, fatigué par la violence, mais acceptant ce mal nécessaire.

Denis Villeneuve réalise avec Sicario une des meilleures performances de ce qu’on peut attendre d’un film de ce genre en poussant au maximum le concept de film sans espoir. Kate agissant comme une représentation du spectateur, pensant pouvoir trouver une solution plus simple mais qui réalise à regret qu’il n’y a parfois pas d’autres issues que celle d’être aussi dur que son adversaire, faisant replonger ce même spectateur toujours dans le côté sombre de la justice pour la bonne cause.

Denis Villeneuve nous offre un film sans aucun espoir avec Sicario, d'abord sur la lutte contre les cartels mexicains, mais surtout sur notre morale, avec un casting de luxe ainsi qu'une mise en scène inventive qui se modifie régulièrement tout le long du métrage pour nous plonger, comme dans un documentaire, dans la violence et la tension des cartels du Mexique.
8

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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