Suberged, submergé par l’ennui


Les développeurs indés ont encore frappé, et on dirait bien que les anciens membres du studio 2K Australia ont reçu une formation dans les jeux “artistiques”. Après qu’une poignée d’entre eux ait signé le très critiqué Gone Home sous l’enseigne de The Fullbright Company, d’autres ont formé le studio Uppercut Games et nous ont livré récemment Submerged, un jeu d’exploration sans aucune condition d’échec ni de combat, favorisant l’exploration et la contemplation, et qui à défaut de nous mettre un coup de poing arrive quand même à nous assommer.

Oh hé, oh hé, capitaine abandonné…

Admirez le joli crénelage en high

L’histoire démarre sur une embarcation se laissant porter par le courant, à son bord une jeune femme ainsi que son petit frère blessé. Les deux personnages se retrouvent à naviguer dans une citée abandonnée, en grande partie engloutie par les eaux et où la nature a repris le dessus. Laissant le jeune garçon se reposer dans un bâtiment, vous allez incarner l’aînée dans une quête pour trouver de quoi soigner tous les maux de votre frangin, en allant chercher des rations de survie disséminées dans les bâtiments émergents encore des abysses.

Vous qui vouliez de la contemplation, attendez-vous surtout à contempler du pixel bien gras. Le jeu ne permet pas d’avoir un rendu correct sur de longues distances, malgré une distance d’affichage qui peut aller plutôt loin ainsi qu’un aliasing qui n’est malheureusement pas totalement effaçable, notamment sur la végétation. Les graphismes ne font pas le moine certes, mais ça fait un peu mal de voir qu’un jeu fait sous Unreal Engine 4 n’arrive pas à être plus beau qu’un jeu de dernière génération de console, malgré les réglages PC disponibles. La direction artistique ne viendra pas sauver les meubles non plus, car même si la palette de couleurs éveille un peu nos pupilles, la répétition trop fréquente des différentes textures et des décors désamorce toute tentative d’admiration du paysage. Quelques paillettes dans les yeux qui disparaissent bien vite.

Maintenant que le côté contemplatif est démonté, parlons de ce qui m’intéresse vraiment quand je joue: le gameplay. Il faut se rendre à l’évidence, même les meilleurs efforts du monde pour rendre le jeu attrayant par d’autres moyens que le combat ou les interactions en général ne suffiront pas, si l’on n’a pas quelques concepts de base pour rendre au moins l’expérience fluide et agréable. Tous les choix de game design semblent ici être des caches-misère pour prolonger la durée de vie d’un jeu qui n’a, au final, pas vraiment de but.

Un jeu d’objets trouvés?

Les dessins seront l’unique narration sur le background du jeu

Les objectifs principaux comme les secondaires se résument à des fetch quest comme dans un RPG et où l’objectif est d’escalader les bâtiments, comme si vous aviez affaire à une version longue des escalades de tours dans les Assassin’s Creed, sans le côté libre. Pour être sûr de maximiser le temps de jeu, l’escalade dans Submerged se fait de manière linéaire. Deux types de corniches, des gouttières et des plantes grimpantes servant de prises seront vos seuls moyens d’accomplir l’ascension d’un immeuble, avec un chemin bien tracé, ne s’écartant que pour vous faire accéder à un quelconque collectionnable secondaire, lorsque ce n’est pas une boucle délibérément placée là pour faire perdre du temps.

Les phases en bateau quant à elles sont anecdotiques et permettent juste de cocher la case open world sur le cahier des charges, alors que la moitié des édifices présents dans le jeu ne sont pas accessibles, vous aurez quand même droit à une quête de ramassage en plus pour pouvoir gagner un peu de capacité de booster pour votre bateau. Ce qui vous permettra de rattraper les différentes espèces qui fréquentent ses eaux, au nombre incroyable de huit.

Si un jeu ne donne rien au niveau de son gameplay, c’est mauvais pour lui à mon humble avis, mais certaines exceptions comme The Stanley Parable font un bon usage de la narration et du medium jeu vidéo pour combler l’absence d’objectif de jeu à proprement parler. Malheureusement pour Submerged, toujours avare de potentiel, le scénario est anecdotique tellement il veut rester vague, pour laisser le joueur interpréter les illustrations qui content vaguement l’histoire des deux enfants ainsi que de la ville. Sauf que n’ayant déjà presque aucun doublage et d’autres moyens de communiquer l’histoire ou même les émotions des personnages, qui sont pour le coup très peu expressifs dans les rares cutscenes se répétant à chaque fin de journée, ne disposer que de croquis pour raconter tout un background finit par passer pour de la fainéantise plus qu’autre chose. De plus, du fait qu’aucun échec ne soit possible dans le jeu, le seul enjeu narratif constitué par la blessure du petit frère est complètement effacé, car on sait à l’avance que rien ne peut arriver pour nous imposer un challenge.

À vouloir toujours faire plus minimaliste et prétendre pouvoir raconter d’une autre façon une histoire dans un jeu vidéo, l’œuvre se perd dans le flot des jeux prétentieux qui au final n’arrivent à rien accomplir et se cachent derrière une pseudo démarche artistique pour nous fournir une expérience déplaisante, ennuyeuse et qui, comme en témoigne son portage prévu sur mobile, n’a le potentiel que d”être un jeu pour passer le temps dans le bus sur son smartphone qu’un véritable divertissement et objet d’art.

Minimaliste, manquant de contenu, fainéant, prétentieux, la liste est longue pour décrire à quel point Submerged est un jeu qui n'a rien de plus à offrir que de belles paroles et des décors corrects mais répétitifs, comme son gameplay se reposant sur une seule mécanique et ne proposant aucun réel enjeu en terme de jeu et d'histoire.
2.5

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Kuro

Jeune geek qui développe de temps en temps, et qui passe ses moments de liberté dans les salles de ciné et sur son compte Steam.

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